La retouche numérique -Les raisons-

Publié le par Captain'

 

  Les plus réticents et les plus tourmentés élèveront surement la voix devant cette infamie et se tourneront certainement vers le Ciel, à grand renfort de « Pourquoiii ?... Mais pourquoiii ?... » Essayons avec vous de faire taire ces cris stridents et d’apporter la lumière parmi les cinéphiles ou fans conservateurs. Comme pour de nombreux sujets, le choix de la retouche des films n’est pas simple, et peut être justifié par de nombreuses raisons, des plus honorables aux moins… honorables. Décryptons tout ça.

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Ce qui vient tout d’abord à l’esprit quand on évoque la ressortie de films cultes, subissant un petit lifting au passage, c’est l’aspect commercial. C’est bien connu, l’argent est le nerf de la guerre. Changer, rajouter quelques scènes est un magnifique argument de vente. Non seulement on garantit au fan de retrouver ce qu’il aime, mais en plus de retrouver la surprise du 1er jour grâce à de nouveaux effets et scènes inédites. Car l’intérêt des bonus qui viennent renforcer les éditions DVD / Blu-ray ne durent qu’un temps. En modifiant le contenu du film, on renouvelle l’intérêt pour le film lui-même, au point de le considérer comme une nouveauté. Nous voilà dans la spirale infernale du support audiovisuel. Passer de la http://artobserved.com/artimages/2010/09/Roy-Lichtenstein-Portrait-of-a-Duck-1989-Mitchell-Innes-Nash.pngVHS au DVD, puis au Blu-ray (mais qu’est d’ailleurs devenu le HD-DVD que nous avons tous oublié ?...) génère des innovations technologiques, nécessitant à leur tour la modification / conversion des films originaux. De la retouche des films à leur remasterisation, tout cela entre dans une logique commerciale globale. Dès lors, George Lucas ou Spielberg ne font que « respecter » le système.

Mais ces ressorties liftées viennent aussi chercher un nouveau public. L’astuce est connue depuis longtemps et a notamment longtemps été pratiquée par les studios Disney (soit, avant la sortie de la VHS). Les publicités le vantent souvent (ET, Star Wars): il faut que les nouvelles générations aient la joie de découvrir le film. Sans doute doivent-elles acheter la toute nouvelle gamme de produits dérivés associée. Visiblement, cette logique commerciale marche du tonnerre. Il y a quelques mois, la Walt Disney Company a rediffusé Le Roi Lion dans les cinémas américains. Retouché spécialement pour nous obliger à porter les grosses lunettes noires, le film fit à nouveau exploser le Box-Office. Au point qu’une ressortie française est bientôt prévue.

Plus étonnant, la retouche des films peut aussi venir de causes politiques. Et c’est d’ailleurs S. Spielberg lui-même, qui nous aura apporté cet argument. On s’en souvient, Spielberg est l’un des cinéastes qui a été le plus marqué par le 11 Septembre, sujet qui hante bon nombre de ses derniers films ( Le Terminal, La Guerre des Mondes,…). Le trauma fut tel qu’il a souhaité corriger et édulcorer l’inoffensif E.T., victime inattendue d’un attentat qui eut lieu 19 ans après son passage parmi nous. Ainsi, la version spéciale du 20ème anniversaire du film fait plus que nous présenter les aventures de sa nouvelle marionnette numérique. Véritable magicien, Spielberg a transformé les armes en talkie-walkie, et efface dans ses dialogues toute allusion possible aux terroristes. Quel spectacle… indéniablement politique.

http://www.google.fr/url?source=imglanding&ct=img&q=http://2.bp.blogspot.com/-WLNLwFcDgMc/TnF7P_UWzwI/AAAAAAAABGM/tCcSMikQ_sg/s1600/georgelucas.jpg&sa=X&ei=OVrJTuGONsKF4gTu4vBb&ved=0CAwQ8wc4Gg&usg=AFQjCNEI9z5dT_6uw8fd2YFN4VK1iv_6tADe bonne foi ou pas, ces chirurgiens du cinéma se justifient avant tout en mettant en avant leurs exigences artistiques. Il est vrai qu’un film appartient à première vue à son créateur. Pensons à ce pauvre George Lucas, qui pendant des années dû refréner ses pulsions et affirma que la technologie qu’il utilisait ne lui permettait tout simplement pas de réaliser tout ce qu’il imaginait. Nombreuses furent les séquences mises au placard, dans l’attente d’une technologie suffisamment développée. Ainsi, ces retouches numériques permettent au réalisateur d’accomplir son vœu (questionnement : ne le trahissent-ils pas, car ils vont imaginer des choses encore plus ambitieuses qu’ils ne voulaient pas à l’époque ?...), et d’atteindre un plus grand niveau de perfectionnement. Tout cela serait alors le résultat d’un perfectionnisme obsessionnel.

Mais comme dans la chirurgie esthétique même, c’est bien un problème temporel qui est sous-jacent. En 10 ans, la qualité des effets spéciaux a fait un bond spectaculaire. Or chaque film qui recourt à de nombreux effets spéciaux se veut à la pointe de la technologie, toujours en avance. Une fois sorti, on l’enferme dans la technologie de son époque, qui ne cessera d’évoluer. Regardons le premier Toy Story qui fait vraiment pâle figure face au récent et bluffant Toy Story 3. Le film devient alors spectateur du temps qui passe, un témoin de son époque. Et pour les plus soucieux de cette image, de cette volonté d’être à la pointe et actuel, les seuls recours semblent le remake, ou la retouche. Comme une accro à la chirurgie, le cinéma se cherche alors une nouvelle jeunesse, et multiplie ainsi les opérations.

 

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