La retouche numérique -Le véritable problème-

Publié le par Stone, Captain', Sensei & Co

 

Oui, nous jetons la pierre au cinéma et à ces voyous de grands chemins qui viennent saccager nos œuvres adorées. Mais tentons un tant soit peu d’être objectifs. Pourquoi est-ce si problématique avec le cinéma, pourquoi cela pose-t-il débat ? La question est légitime. En littérature, les œuvres sont souvent rééditées et légèrement modifiée par la même occasion. En bande dessinée, Hergé a usé et peut être abusé de la retouche de ses albums de Tintin, supprimant notamment toute allusion politique. Enfin, en musique les ressorties d’albums cultes sont monnaie courante. Et voilà que le cinéma ne pourrait pas se le permettre à son tour ! C’est osé non ?...

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http://www.tintin.free.fr/aventures/ornoir/1969.jpgL'exemple en BD avec l'album : Tintin au Pays de l'Or Noir

Une des premières explications pourrait être l’importance populaire du cinéma. Art majeur, le cinéma est certainement le domaine artistique qui possède le plus large public (par exemple, les livres les plus vendus du XXIe siècle ne dépassent pas les 30 millions de vente là où Avatar a affiché plus de 300 millions d’entrées dans le monde). S’il offre pour tous les goûts, et explore des champs très différents, il sait parfaitement rassembler le public autour d’œuvres majeures. Ultra-diffusé (les salles, la télévision, internet,…), chacun a un film qu’il tient en bonne place dans son cœur. En tout cas on l’espère.http://scrat.hellocoton.fr/img/medium/la-photo-du-jour-humour-un-nounours-se-suicide-photo-2454407.png De fait, si le film semble appartenir à son créateur, l’appropriation par le public est inévitable. Il y retrouve ses valeurs, ses motivations, y puise son plaisir. D’où un attachement certain pour ces œuvres qui vont marquer notre époque. Nous qui sommes élevés au Walt Disney, au Spielberg & Cie, le simple fait de toucher à ce souvenir d’enfance, qui restera notre « doudou éternel », lui retirer les affects  que nous y avions placé devient un crime ! Car bien souvent, la retouche du film peut détruire la nature et l’essence de celui-ci… Prenons par exemple le cas de Star Wars Episode 2, où Papa Lucas a vendu son âme à un ordinateur. Nouvelle Etoile Noire, celui-ci a anéantit complètement l’esprit d’aventure et de défi qui animait l’ancienne trilogie.

Mais je pense aussi pouvoir affirmer que le cinéma, à l’image du théâtre, se veut porteur d’illusion. A l’heure d’Avatar, de Transformers et des effets spéciaux ultra-réalistes, rappelons-nous ne serait-ce que de Méliès ! Il suffit de quelques tours et astuces enfantines pour nous plonger totalement dans l’illusion. Nous aimons nous prendre au jeu, y croire. http://t2.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSEGt-O3_ebQffIlA55bNGd61NNy9MrWx2rSg53-0bV_C6QNoIVEn outre, nous établissons un rapport à l’humain : il nous plaît de savoir que des individus avec peu de moyens ont réussi à réaliser une œuvre aussi spectaculaire. Malgré le peu de moyen, tout reste possible. (C’est d’ailleurs souvent le message véhiculé par ces films). Et corriger tout cela à grand d’ordinateur, c’est déshumaniser en quelque sorte le film lui-même.  Les machines nous imposent leurs images, les hommes ont quitté les plateaux de tournage. En fonction de la qualité de l’histoire, l’illusion s’achève, nous n’avons plus à faire l’effort de nous plonger dans un univers. Celui-ci s’impose à nous avec violence. Il semble bien désormais, que nous recevons plus du cinéma que nous ne lui apportions. Ainsi s’évapore une part de cette relation magique qui nous liait au cinéma.

Publié dans Dossiers

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