L'Empire Disney - Chapitre Troisième (C)

Publié le par Captain'

 

Les influences visuelles

 

Les œuvres de Disney présentent une caractéristique récurrente. Chacun de ses films présente une harmonie entre l’histoire, la musique et l’aspect graphique. Ils paraissent comme un ensemble homogène et indissociable. En particulier, le cadre spatio-temporel du récit détermine l’aspect visuel du film, puisque Disney va s’inspirer de l’art pictural de l’époque. Cela se ressent tout particulièrement dans des œuvres plus récentes comme Aladdin ou Hercule. Dans notre analyse, trois caractéristiques de l’aspect visuel seront étudiés : les personnages, le décor et le style graphique.

Principaux acteurs de l’histoire et de l’animation, les personnages sont d’une importance majeure. Il faut en effet, qu’ils respectent à la fois l’ambiance générale du film, semblent réalistes et qu’ils parviennent  à déclancher la sympathie ou l’antipathie du spectateur. Pour cela, les artistes de Disney s’appuient non seulement de modèles vivants qu’ils filment puis redessinent, http://storage.canalblog.com/62/98/334316/25849949.jpgmais vont aussi puiser dans les œuvres picturales européennes. Pour La Belle aux bois dormant, on peut à travers les traits de la princesse Aurore, retrouver le visage de l’actrice Audrey Hepburn, même si celle-ci est partiellement « arrangée » par le rajout de formes plus géométriques. En effet, ses cheveux et son corps se composent principalement de lignes verticales, à l’inverse des fées, qui se « composent » principalement de forme triangulaires. Cette inspiration cinématographique peut aussi se ressentir dans la séquence de L’Apprenti Sorcier de Fantasia. En effet, le magicien est souvent comparé aux héros d’un film allemand : Le Cabinet des figures de cires, de Paul Leni. Mais cependant, son accoutrement reprend des images courantes de Merlin l’enchanteur. Nous avons là, la reprise d’iconographies européennes. Celle-ci se retrouve aussi bien à travers La Belle aux bois dormant, en particulier avec le personnage de Maléfique. Pour réaliser, l’un des plus grands méchants de Disney, Marc Davis s’inspira de gravures tchécoslovaques et lui rajouta une allure reptilienne.


Les décors chez Disney témoignent aussi des influences européennes. On peut considérer cela normal dans la mesure où ces histoires se passent en Europe. Cependant, Disney se démarque non pas par la réactualisation d’images toutes faites de l’époque, il reprend le style artistique en vigueur. C’est à travers La Belle aux bois dormant que nous illustrerons ce propos. La campagne publicitaire de ce dernier jouait en effet sur son style graphique : « la peinture en mouvement », « une fresque vivante ». Remarquons que le film développe la particularité suivante : les décors furent tellement travaillés, qu’ils sont aussi nets que les personnages et sont peints sous le rare format panoramique. Dans la réalisation de ces arrières plans, Eyvind Earle, le directeur artistique du film avoue s’être inspiré des peintures allemandes, françaises, flamandes et italiennes antérieures à la Renaissance. Par exemple, la maison des trois fées sera une reprise directe de ces œuvres.  L’artiste cite aussi des artistes tels que Botticelli, et reconnaît l’importance des estampes japonaises et des miniatures persanes dans la minutie des détails. Au final, il reste de La Belle aux bois dormant l’image d’un gothique stylisé, proche de la tapisserie médiévale.


Sur un autre plan, Disney sera influencé dans le style même de ses films. Cela peut bien sûr, se ressentir à travers le décor ; mais la mise en scène y contribue aussi grandement. L’exemple le plus parfait en est Fantasia. Dans L’Apprenti sorcier, Disney récupère les codes du cinéma expressionniste allemand (notamment Fritz Lang), par le jeu des lumières et surtout par l’importance des ombres. Elles deviennent presque des personnages à part entière. L’étude ci-dessous en est une preuve.

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Par l’utilisation de l’ombre, Disney parvient à souligner une partie de la personnalité de Mickey. La souris à droite et sa re-projection sur la gauche, encadrent le magicien. On souligne ainsi l’attention particulière de Mickey, tous ses désirs sont portés vers son maître. Son ombre est aussi représentative de son ambition : il aspire à la grandeur. D’ailleurs, l’étude de cette séquence montre bien que Disney illustre la domination par l’ombre. Plus celle-ci est grande et imposante, plus elle montrera la situation du personnage. De plus, cet emploi va permettre à Disney de camoufler le « côté obscur » de son personnage. Quand Mickey détruit le balai, ce n’est pas directement lui qui agit.

Les œuvres de Disney ne reposent finalement pas sur un aspect visuel américain, mais ne font que récupérer et mélanger des styles artistiques et références picturales européennes.         

 

 

Au terme de cette partie, nous pouvons donc affirmer que l’empire américain Disney, tient une partie de son succès principalement par la reprise d’histoires populaires européennes, subordonnées à un aspect visuel et musical particulier. Disney ne fait pas qu’influencer le Monde, il lui diffuse en quelque sorte sa propre image.

 


 

...et fin !

Publié dans Dossiers

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