L'Empire Disney - Chapitre Premier (C)

Publié le par Captain'

 

 Mickey et ses rapports à l’artiste

 

Certainement un des éléments les plus marquants de la toile La Piqûre, puisqu’il occupe la principale place du tableau, un enfant soigne sa peluche, soigne son Mickey. Comme nous l’avons vu, ce Mickey est malade, a grossi. L’enfant intervient finalement pour tenter de le sauver ; or celui-ci peut être vu comme la représentation de l’artiste ; d’un artiste qui tente donc lui aussi de sauver sa souris. L’enfant n’est finalement qu’un prétexte à une implication de l’artiste, et symbolise son âme d’enfant, voire même ses souvenirs. Mickey devient la source, le média d’une implication personnelle.

 


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Déjà à travers des critiques du mouvement Pop Art, il était possible de ressentir une représentation de l’artiste. C’est notamment le cas avec le tableau que nous évoquions de Roy Lichtenstein. Dans cette huile sur toile, Lichtenstein qui a dès 1961 réemployé les symboliques Disney, s’identifie à Donald. Aveu qu’il reconnaît lui-même, ses tableaux représentent des éléments de sa vie sous forme de bandes dessinées. Ainsi cette œuvre ne fait pas que critiquer l’attitude des Studios Disney, elle montre un trait de personnalité de l’artiste. Celui-ci montre ce que les personnages de Disney et leur reprise lui ont apporté : beaucoup d’argent.


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Ainsi, la réutilisation de Disney peut être vue comme la personnification d’une certaine attitude, mais il est aussi représentatif d’un souvenir. En effet, si les artistes sont si attachés à Mickey et ses coéquipiers, c’est moins pour leur incroyable plasticité, que pour leur valeur sentimentale et pour un attachement nostalgique. Si enfant, vous partagiez une peluche que vous aimiez beaucoup, adulte, vous aurez peut être envie de la partager avec vos enfants. D’une certaine façon, l’œuvre de Christian Boltanski, Les 62 membres du Club mickey en 1955, les photos préférées des enfants, évoque à sa manière ce souvenir. Ici, l’artiste découpe dans des numéros du Journal de Mickey de 1955, des photos d’enfants qu’il encadre. On peut y voir l’évocation d’un souvenir, renforcé par le noir et blanc, une commémoration d’une culture commune, d’un élément de bonheur.

 

 

            De ce souvenir découle un engagement personnel de l’artiste, qui tient à protéger le symbole même de son enfance. L’œuvre de Valérie Sonnier en est un parfait exemple. On regrette en premier lieu une transformation de Mickey.http://craphound.com/images/41737841.jpg http://www.tfou.fr/medias/mea/img/3599.jpgTransformation d’abord physique, puisque celui-ci arrange au fil du temps ses couleurs, ses contours, et passe même à l’image de synthèse ! Mais c’est aussi un bouleversement caractériel qui touche la souris : la souris espiègle et faiseuse de tours a été embrigadée malgré elle dans une certaine forme de « morale américaine ». Il n’en reste plus, avec la fin des cartoons, qu’une icône vivant sur son image -utilisée à des fins commerciales et infantilisée -, ayant grandement perdu de sa splendeur. Et c’est certainement la principale critique adressée aux Studios Disney : les artistes rejettent cette nouvelle exploitation peu créative de Mickey, et estiment comme une trahison l’attitude de ses dirigeants.


Valérie Sonnier avec La Piqûre, exprime ses sentiments face à la déperdition d’un de ses personnages d’enfant. Après avoir été malmené, l’artiste tente finalement de le « ré-animer », et ainsi de sauver une image qui lui est chère. Du simple consommateur modelé par Mach, le spectateur devient finalement acteur de la sauvegarde de la souris.

 

 

Le phénomène de récupération de Disney est bel et bien un élément témoignant de sa mondialisation. Chaque culture réinterprète à sa manière et selon son propre point de vue l’œuvre du maître. Cependant, cette mondialisation par diffusion de l’image n’en est qu’une facette. On peut y ajouter un plan de commercialisation massive. On y retrouve le symbole de la domination américaine, tant culturelle, qu’économique.

           

 

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