L'Empire Disney - Chapitre Premier (A)

Publié le par Captain'

 

Chapitre 1 :

 

Disney réinterprété

 

 

Les influences qu’exercent les œuvres de Disney dépassent le seul cadre du cinéma d’animation. Certes, des réalisateurs comme Steven Spielberg ou Tim Burton font ressortir dans leurs œuvres l’inspiration qu’a été le travail de Disney, mais la diffusion massive de Mickey Mouse se refléta aussi à travers toutes les formes de l’art contemporain.

            Notre analyse s’appuiera sur l’œuvre de Valérie Sonnier, La Piqûre. Réalisé en 1998, il s’agit d’un acrylique sur toile. Ce tableau présente au premier plan une table blanche sur laquelle est posée, parmi divers ustensiles, une peluche de Mickey Mouse. A l’arrière plan, se distinguant du fond noir, un enfant vêtu d’une blouse, tient une seringue et soigne sa peluche.

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-Mickey : symbole de la consommation-


            L’un des premiers constats que nous pouvons dresser en étudiant cette œuvre concerne « le corps » de la peluche : cette souris aux grandes oreilles ne semble pas réellement correspondre à l’icône de Disney. Et cela se ressent à travers la proéminence de son ventre. Il y a là une opposition totale avec la souris d’origine.

En effet, celle-ci se caractérise ordinairement par un corps plutôt fin, et une tête à la fois plus grande et plus grosse que « son support ». A l’opposé, la représentation de Mickey par Valérie Sonnier abolit ces codes. « Notre » souris semble mal en point : son corps dépasse maintenant sa tête, ses jambes ont disparu et ses pieds sont excentrés. Il en ressort le sentiment qu’elle n’est plus maître d’elle-même. Peut-être pouvons-nous y voir une critique face à la nouvelle politique des studios Disney ? Nous reviendrons sur cette question un peu plus loin. Cependant, ce nouveau Mickey est plutôt le résultat d’un constat : la souris s’est engraissée, elle s’est incrustée partout, et est devenue gourmande du « fromage-dollar ». Le pauvre et espiègle petit rongeur est au final devenu un imposant chef d’entreprise. Mais comment l’expliquer ?

 

            Ce concept peut trouver une justification à partir d’autres œuvres, et en particulier dans le mouvement Pop Art.

 

http://s1.e-monsite.com/2009/07/03/02/64319783andy-warhol-mickey-mouse-8380-jpg.jpgArtiste de renommée internationale, Andy Warhol s’inspira lui aussi du héros de Disney, et s’amusa à le démultiplier, notamment dans Mickey Mouse, l’œuvre présentée ci-contre et crée en 1981. Warhol en reproduisant Mickey, en le diffusant et même en l’hyper-diffusant, reprend la démarche même de Disney, qui décline la souris sur tous les supports possibles. Cette invasion des supports est repris notamment par l’artiste Jean-Jacques Lebel, qui insiste quant à lui sur les produits dérivés dans son installation Le Génotype Mickey. Mais cette diffusion massive de Mickey est aussi son essence : le cinéma correspond bien à un enchaînement successif d’images. Ainsi, Disney précède Warhol, il invente d’abord un personnage emblématique, et le multiplie. Mais Warhol éclaire Disney, en soulignant que Mickey a été inventé pour être reproduit.



http://www.cnap.culture.gouv.fr/img_cal/13976_imgEvenement_mach.jpgDe cette diffusion massive de Mickey découle des critiques économiques et sociétales. Mickey n’est plus vu comme la petite souris qui jouait des tours, mais comme un symbole de la consommation. Ce symbole est tel, que les œuvres de Disney, et même leur qualité est écartée par les artistes, qui ne voient plus en elle qu’un nouveau moyen de faire de l’argent. C’est par exemple le cas de Roy Lichtenstein, qui dans le tableau Reflections : Portrait of a Duck, remplace les pupilles de Donald par des dollars dans un style très conforme au dessin animé. Le célèbre canard ne parle que d’argent, et semble cruellement attiré par le gain. Ce désir de profit semble être le résultat de l’attitude de son public. Comme le souligne l’œuvre de David Mach ci-contre, nous consommons du Disney. Nous en réclamons, et le dévorons comme une friandise.



Ainsi, ce Mickey engraissé représenté par Valérie Sonnier, n’est que la conséquence de sa sur-diffusion, de son attrait du gain, voire même de notre attitude personnelle. Cependant, une telle analyse peut sembler reposer sur des exagérations, et ne pas chercher à réellement prendre en compte la qualité des œuvres de Disney.

 

 

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